Indifférence extrême

La douleur brûle dans les poignets,

Elle traverse les pieds,

Rejoint les mille blessures

     Écorchures de peau devant et derrière,

     Sur les côtés,

     Et les ecchymoses de la tête.

Chaque mouvement des bras

     En haut,

et des jambes,

     en bas,

laisse partir la force.

Je ne connais de mon corps que sa douleur en tous lieux.

Il est devenu plus lourd que le bois de chêne

     Car s’en est allée la force,

     À chaque traction,

     À chaque poussée,

     À chaque tentative de faire entrer un peu de cet air

     qui passe dans les cheveux et sur la barbe,

     qui sort en insulte des poumons des soldats,

     qui balance les herbes accrochées au rocher.

L’air ne vient plus à moi ;

     il m’est refusé.

Peu importe.

J’ai pardonné.

Leur haine, désormais, m’est indifférente,

Et leur obscénité

—  haleine puante —

   ne me dérange plus.

J’ai depuis longtemps ôté de mes sens la répulsion de l’odeur nauséabonde du péché,

Celle qui éloigne le pécheur en même temps que son mal,

   imposant un océan de désert entre lui et soi,

Moi pourtant innocent,

   le rendant étranger,

   tout entier ennemi,

   Totalement ennemi.

Frère est le soldat quand même il se complaît à cracher sur un Juif,

Frère est le Juif quand même il m’insulte de mots qu’il n’adresserait qu’avec peine à ce soldat.

Peu m’importe

   maintenant qu’ils sont pardonnés.

Mai 2019